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Audit énergétique en copropriété : ce qui change pour vous

Une copropriété sur deux construite avant 1975 consomme plus de 330 kWh/m² par an. C’est le seuil qui définit une « passoire thermique » collective — et c’est précisément là que l’audit énergétique entre en jeu. Depuis le durcissement progressif de la loi Climat et Résilience, les copropriétés ne peuvent plus ignorer leur bilan énergétique : des obligations concrètes s’imposent, avec des délais qui se resserrent.

Beaucoup de copropriétaires découvrent l’audit énergétique au détour d’une convocation d’assemblée générale, sans vraiment comprendre ce que ça implique pour leur portefeuille ou leurs charges. Ce texte clarifie les règles, les étapes et les leviers financiers disponibles — sans jargon inutile.

Ce qu’est vraiment un audit énergétique en copropriété

Définition et périmètre

L’audit énergétique d’une copropriété est un diagnostic approfondi des consommations d’énergie de l’immeuble dans sa globalité : enveloppe du bâtiment (isolation, fenêtres, toiture), systèmes de chauffage collectif, ventilation, éclairage des parties communes. Il ne se limite pas à coller une étiquette énergétique — il identifie les postes de dépense, chiffre les gains attendus après travaux et propose un plan de rénovation hiérarchisé.

Le résultat concret ? Un rapport avec plusieurs scénarios de travaux, chacun associé à un coût estimé, un retour sur investissement et un gain en classe énergétique. Le syndic s’appuie ensuite sur ce document pour soumettre un programme de rénovation au vote des copropriétaires.

Audit énergétique vs DPE collectif : ne pas confondre

Le DPE collectif (diagnostic de performance énergétique) donne une note de A à G. C’est un instantané. L’audit énergétique, lui, est prospectif : il dit où vous en êtes ET comment améliorer la situation. Les deux sont distincts, même si le DPE collectif peut parfois servir de base à l’audit.

📋 DPE collectif 🔍 Audit énergétique
Note de A à G sur la consommation actuelle Analyse complète + scénarios de travaux chiffrés
Validité 10 ans Validité 5 ans
Obligatoire depuis 2024 pour les copropriétés de 50 lots+ Obligatoire pour les copropriétés classées E, F ou G

⚠️ Qui est concerné et à quelle échéance ?

Les copropriétés soumises à obligation

La loi impose l’audit énergétique aux copropriétés à usage principal d’habitation dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013, dès lors qu’elles comptent au moins 50 lots à usage de logements, bureaux ou commerces. Le calendrier est progressif :

  • Copropriétés classées F ou G : audit obligatoire depuis le 1er janvier 2024
  • Copropriétés classées E : obligation au 1er janvier 2025
  • Copropriétés classées D (et moins bien classées restantes) : au 1er janvier 2026

Les copropriétés de moins de 50 lots ne sont pas soumises à cette obligation légale — mais rien n’empêche de faire réaliser un audit volontairement, surtout si les charges de chauffage pèsent lourd sur les budgets.

⚠️ À garder en tête

Un syndic qui ne met pas l’audit à l’ordre du jour de l’AG alors que la copropriété est concernée engage potentiellement sa responsabilité. Vérifiez la classe énergétique de votre immeuble dans le registre national des copropriétés — les données sont accessibles en ligne.

Comment se déroule un audit énergétique en copropriété

Les étapes clés

1
Vote en assemblée générale
Le syndic propose le lancement de l’audit. Un vote à la majorité simple (article 24 de la loi de 1965) suffit pour mandater un prestataire.
2
Sélection d’un auditeur qualifié
Le prestataire doit détenir une qualification reconnue (type RGE — Reconnu Garant de l’Environnement, mention « audit »). Le syndic consulte plusieurs devis avant de soumettre le choix à l’AG.
3
Collecte des données
L’auditeur analyse les factures énergétiques, les plans du bâtiment, le règlement de copropriété, et effectue des visites sur site pour inspecter l’enveloppe et les équipements.
4
Remise du rapport
Le rapport présente au minimum deux scénarios de travaux : un scénario « performant » et un scénario « très performant » visant la classe B au minimum.
5
Présentation et vote des travaux
Le syndic inscrit les conclusions à l’ordre du jour de la prochaine AG. Les copropriétaires votent sur le programme de rénovation à engager.

Combien ça coûte ?

Le tarif d’un audit énergétique varie selon la taille et la complexité de l’immeuble. Pour une copropriété de 50 à 100 logements, comptez entre 8 000 et 20 000 € TTC, soit 100 à 300 € par lot en moyenne. Ce coût est réparti entre les copropriétaires selon les tantièmes définis dans le règlement de copropriété.

💡 Notre conseil

Demandez systématiquement 3 devis à des auditeurs certifiés RGE. Les écarts de prix peuvent atteindre 40 % pour une prestation équivalente. Le syndic a l’obligation de vous présenter plusieurs offres avant le vote.

🎯 Les aides financières pour financer l’audit

MaPrimeRénov’ Copropriétés

L’Agence nationale de l’habitat (Anah) propose MaPrimeRénov’ Copropriétés, qui couvre une partie des travaux de rénovation énergétique votés après l’audit. L’audit lui-même est éligible à une prise en charge : jusqu’à 50 % du coût de l’audit dans la limite de 600 € par lot. Pour une copropriété de 80 logements, ça représente jusqu’à 48 000 € d’aide.

Autres leviers disponibles

  • CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) : les fournisseurs d’énergie financent une partie des audits via leurs obligations légales
  • Éco-PTZ collectif : prêt à taux zéro accessible aux syndicats de copropriétaires pour financer les travaux issus de l’audit
  • Aides des collectivités locales : certaines régions, métropoles ou communes abondent les financements de l’Anah
  • TVA réduite à 5,5 % sur les travaux de rénovation énergétique dans les immeubles à usage d’habitation de plus de 2 ans

50 %

du coût de l’audit pris en charge par l’Anah, dans la limite de 600 € par lot

Le rôle du syndic et des copropriétaires

Ce que le syndic doit faire

Le syndic professionnel ou bénévole est le pivot de la démarche. Il lui revient d’inscrire l’audit à l’ordre du jour dès que la copropriété atteint le seuil légal, de solliciter des devis auprès d’auditeurs qualifiés et de suivre le bon déroulement de la mission. Après remise du rapport, il doit présenter les conclusions en AG de façon claire — pas noyer les copropriétaires sous des tableaux techniques illisibles.

Ce que les copropriétaires peuvent exiger

Chaque copropriétaire peut demander la communication du rapport complet d’audit. S’il n’est pas inscrit à l’ordre du jour alors que la loi l’impose, n’importe quel copropriétaire peut demander en référé l’inscription forcée. Le droit à l’information est garanti par la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété.

✅ À retenir

L’audit énergétique en copropriété n’est pas une option pour les immeubles classés E, F ou G de plus de 50 lots. C’est une obligation légale avec des échéances précises entre 2024 et 2026. Des aides couvrent jusqu’à la moitié du coût de l’audit, et les travaux qui en découlent ouvrent droit à des financements substantiels via l’Anah et les CEE.

Après l’audit : du rapport aux travaux

L’audit n’est pas une fin en soi — c’est le point de départ d’un plan de rénovation. Une fois le rapport présenté en AG, les copropriétaires votent sur le scénario de travaux à retenir. Selon l’article 24 de la loi de 1965, les travaux d’économies d’énergie sont désormais votables à la majorité simple dans certaines configurations, ce qui lève un frein historique majeur.

Le registre national des copropriétés, géré par l’Anah, recense aujourd’hui plus de 642 000 copropriétés. Chaque syndicat doit y immatriculer son bien et y déclarer les données énergétiques — y compris les résultats de l’audit dès sa réalisation. Cette transparence facilite le suivi par les pouvoirs publics et, accessoirement, informe les acheteurs potentiels. Si votre copropriété s’engage dans une rénovation globale, les aides disponibles pour la rénovation énergétique en copropriété méritent une lecture attentive avant de voter en AG.

FAQ — Audit énergétique en copropriété

L’audit est-il obligatoire pour une copropriété de 30 lots ?

Non. L’obligation légale ne s’applique qu’aux copropriétés d’au moins 50 lots à usage de logements, bureaux ou commerces, dont le permis de construire est antérieur au 1er janvier 2013. Une petite copropriété de 30 lots peut néanmoins décider de réaliser un audit volontaire pour piloter sa rénovation.

Qui paie l’audit énergétique en copropriété ?

Le coût est supporté par le syndicat des copropriétaires et réparti entre tous les copropriétaires selon leurs tantièmes généraux, comme n’importe quelle dépense de parties communes. Une aide de l’Anah peut couvrir jusqu’à 50 % du montant, dans la limite de 600 € par lot.

Combien de temps dure un audit énergétique en copropriété ?

De la signature du contrat à la remise du rapport final, comptez en général 3 à 6 mois. La durée dépend de la taille de l’immeuble, de la disponibilité des données (factures, plans) et du prestataire choisi.

L’audit oblige-t-il à faire des travaux ?

Non. L’audit est obligatoire, mais les travaux restent soumis au vote de l’assemblée générale. Les copropriétaires choisissent librement le scénario à mettre en œuvre — ou de ne pas engager de travaux immédiatement. En revanche, ignorer les résultats expose la copropriété à une dévalorisation progressive si l’immeuble reste classé F ou G.

Le rapport d’audit est-il communicable aux futurs acheteurs ?

Oui. Depuis la loi Climat et Résilience, les informations relatives à l’audit doivent figurer dans les documents remis lors d’une vente dans une copropriété concernée. Un acheteur peut donc (et doit) consulter le rapport avant de signer un compromis.

Jérémie Rodrigues