Le tarif réglementé du gaz naturel (TRVg) a officiellement pris fin le 30 juin 2023 en France. Des millions de foyers ont reçu une lettre d’Engie ou d’un distributeur local leur annonçant la migration automatique vers une offre de marché. Beaucoup ne savent toujours pas ce que ça change concrètement sur leur facture, ni ce qui les protège encore. Voici ce qu’il faut savoir.
Cette suppression ne date pas d’hier : elle avait été programmée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) depuis plusieurs années. Mais entre la crise énergétique de 2021-2022, le bouclier tarifaire, et la multiplication des offres alternatives, difficile de s’y retrouver. On repart de zéro.
Qu’était le tarif réglementé du gaz ?
Définition et fonctionnement du TRVg
Le tarif réglementé de vente de gaz, dit TRVg, était un prix fixé par les pouvoirs publics sur proposition de la CRE. Engie (ex-GDF Suez) et certains distributeurs locaux comme ES Énergies Strasbourg ou Régaz-Bordeaux avaient l’obligation de le proposer à tous les particuliers qui en faisaient la demande.
Ce tarif comprenait deux éléments :
- Un abonnement fixe, variable selon le calibre du compteur
- Un prix au kWh, révisé chaque mois par la CRE en fonction des cours du gaz sur les marchés de gros européens
L’idée de départ était simple : protéger les consommateurs des fluctuations de marché en leur offrant un prix de référence transparent, calculé au coût réel d’approvisionnement, sans marge commerciale excessive.
Pourquoi ce tarif a-t-il été supprimé ?
La directive européenne sur la libéralisation des marchés de l’énergie imposait la fin de ces prix administrés. La France a résisté longtemps, mais le Conseil d’État a finalement validé la suppression du TRVg au 30 juin 2023. Argument principal des autorités européennes : ces tarifs faussaient la concurrence et décourageaient les investissements dans les énergies alternatives.
⚠️ À garder en tête
Si vous n’avez rien fait en juin 2023, votre fournisseur vous a automatiquement basculé sur une offre de marché. Cette offre peut être moins compétitive qu’une offre négociée : comparez avant de rester par défaut.
Ce qui remplace le TRVg aujourd’hui
Les offres de marché : comment s’y retrouver ?
Depuis juillet 2023, il n’existe plus qu’un seul type d’offre pour le gaz naturel : les offres de marché, proposées par une trentaine de fournisseurs (Engie, TotalEnergies, EDF, Vattenfall, Ekwateur, Gaz-Tarif-Moins-Cher, etc.). Ces offres se déclinent en deux grandes familles :
- Prix fixe : le tarif au kWh est bloqué pour une durée déterminée (1 à 3 ans). Idéal si les prix repartent à la hausse.
- Prix variable : le tarif suit les indices de marché, à la hausse comme à la baisse. Intéressant quand les prix baissent, risqué sinon.
En 2024, les prix sur les marchés de gros européens ont sensiblement baissé par rapport aux pics de 2022. Un consommateur qui a souscrit une offre à prix fixe en 2022 à des niveaux élevés peut se retrouver à payer plus qu’un voisin en offre variable. C’est le jeu.
💡 Notre conseil
Utilisez le comparateur officiel de la CRE (énergie-info.fr) pour mettre en concurrence les offres gaz. Un écart de 5 à 10 % sur le prix au kWh peut représenter 80 à 150 € d’économies annuelles pour un logement chauffé au gaz.
Le bouclier tarifaire gaz : jusqu’où ?
Mis en place en octobre 2021, le bouclier tarifaire a plafonné les hausses de prix du gaz pendant la crise énergétique. À son pic, il a évité aux ménages des augmentations de +80 % à +120 % sur leur facture. Ce dispositif a été progressivement démantelé en 2023, à mesure que les prix de marché se stabilisaient.
Aujourd’hui, plus de bouclier sur le gaz naturel. La protection des consommateurs les plus modestes passe désormais par le chèque énergie (versé automatiquement sous conditions de ressources, entre 48 et 277 € selon les foyers) et par les offres solidaires que certains fournisseurs sont tenus de proposer.
Le TRVe existe toujours pour l’électricité
Attention à ne pas confondre : si le TRVg (gaz) est mort, le tarif réglementé de vente d’électricité (TRVe, aussi appelé tarif Bleu d’EDF) existe toujours. Il concerne uniquement l’électricité et reste accessible à tous les particuliers. Envisager de passer du gaz à l’électricité pour le chauffage — via une pompe à chaleur, par exemple — peut donc donner accès à ce filet de protection tarifaire.
✅ À retenir
Gaz naturel → plus de tarif réglementé depuis juillet 2023. Électricité → tarif réglementé toujours en vigueur chez EDF et les entreprises locales de distribution. Ce sont deux marchés séparés, avec deux logiques distinctes.
🎯 Comparer et choisir son offre gaz
Les critères qui comptent vraiment
Changer de fournisseur de gaz ne coûte rien (aucun frais de résiliation légalement). La commutation se fait en quelques jours, sans interruption de service. Voici ce qu’il faut comparer :
- Le prix au kWh HT : c’est la donnée principale. Regardez le tarif hors taxes, pas TTC, pour comparer à périmètre égal.
- L’abonnement annuel : il varie selon le calibre de votre compteur (G4, G6, G10…) et peut représenter 100 à 250 € par an.
- La durée d’engagement : certaines offres sont sans engagement, d’autres vous bloquent 1 à 3 ans avec des pénalités de sortie.
- Les frais de mise en service : parfois offerts lors d’une promotion, parfois facturés 15 à 30 €.
Un foyer moyen chauffé au gaz consomme entre 10 000 et 20 000 kWh/an. Sur cette base, un écart de 0,01 €/kWh représente 100 à 200 € par an. Autrement dit, le prix au kWh mérite qu’on y passe 20 minutes.
L’impact sur votre DPE et vos projets de rénovation
La fin du tarif réglementé du gaz coïncide avec une autre pression : les passoires thermiques classées F ou G voient leur location interdite progressivement depuis 2023. Si votre logement est chauffé au gaz et mal isolé, vous cumulez deux problèmes. Connaître votre consommation réelle en kWh et comprendre l’état thermique du bâti devient prioritaire. À ce sujet, le Tarif du diagnostic de performance énergétique : ce que vous allez vraiment payer détaille les prix pratiqués et ce que révèle réellement un DPE.
Pour aller plus loin sur les questions Énergie — tarifs, aides à la rénovation, comparatifs de systèmes de chauffage —, un panorama régulièrement mis à jour est disponible en ligne.
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Hausse moyenne de la facture gaz entre 2021 et 2023, malgré le bouclier tarifaire
Faut-il abandonner le gaz naturel ?
La question se pose de plus en plus. Entre la fin du tarif réglementé, les objectifs climatiques européens (neutralité carbone en 2050), et le renchérissement structurel des énergies fossiles, le gaz naturel est clairement dans le viseur. Le gouvernement a déjà interdit les nouvelles chaudières à gaz dans les maisons neuves depuis janvier 2022.
Pour les logements existants, le remplacement d’une vieille chaudière gaz par une pompe à chaleur air/eau est aidé jusqu’à 70 % du coût via MaPrimeRénov’. Ce n’est pas anodin. Mais changer de système de chauffage demande une étude thermique préalable — le dimensionnement d’une PAC dépend de l’isolation du bâti, pas seulement de la surface.
| 🔥 Chaudière gaz (offre de marché) | 🌡️ Pompe à chaleur (TRVe EDF) |
|---|---|
| Prix variable, sans protection tarifaire. Coût moyen 2024 : 0,118 €/kWh (gaz). Investissement faible si chaudière existante. Émissions CO₂ significatives. | Tarif réglementé toujours disponible. COP moyen 3 à 4 : chaque kWh électrique produit 3 à 4 kWh de chaleur. Investissement initial élevé (8 000 à 18 000 €). Éligible MaPrimeRénov’. |
Questions fréquentes
Puis-je encore bénéficier d’un tarif réglementé pour le gaz en 2024 ?
Non. Le tarif réglementé de vente de gaz naturel (TRVg) a été définitivement supprimé le 30 juin 2023. Tous les consommateurs sont désormais sur des offres de marché. Il n’existe aucune dérogation pour les particuliers, même modestes — la protection sociale passe uniquement par le chèque énergie.
Comment savoir si mon offre actuelle est compétitive ?
Comparez votre prix au kWh HT (hors taxes) avec les offres disponibles sur le comparateur officiel énergie-info.fr, géré par le médiateur national de l’énergie. Regardez aussi votre abonnement annuel. Un écart de 0,01 €/kWh sur 15 000 kWh/an représente 150 € de différence — suffisant pour justifier un changement de fournisseur, gratuit et sans coupure.
Changer de fournisseur de gaz entraîne-t-il une coupure ?
Non, il n’y a aucune coupure lors d’un changement de fournisseur de gaz en France. Le réseau de distribution (géré par GRDF ou des régies locales) reste le même quel que soit votre fournisseur commercial. La commutation prend en moyenne 3 semaines. Aucun frais de résiliation n’est légalement autorisé si votre contrat actuel est sans engagement.
Quelle différence entre prix fixe et prix variable pour le gaz ?
En offre à prix fixe, votre tarif au kWh est gelé pour une durée contractuelle (souvent 1 à 2 ans), quelle que soit l’évolution des marchés. En offre à prix variable, le tarif suit un indice de référence (souvent le PEG, point d’échange gaz français) et peut monter ou descendre chaque mois. Le prix fixe protège contre les hausses, le prix variable profite des baisses — les deux comportent un risque selon la conjoncture.
Le chèque énergie s’applique-t-il aux factures de gaz ?
Oui. Le chèque énergie, envoyé automatiquement chaque printemps aux foyers éligibles sous conditions de ressources (RFR/UC inférieur à 17 400 €), peut être utilisé pour régler une facture d’énergie, qu’il s’agisse de gaz, d’électricité, de fioul ou d’autres combustibles. Son montant varie de 48 à 277 € selon la composition du foyer et les revenus. Il s’applique directement sur la facture, sans démarche particulière si vous l’envoyez à votre fournisseur.