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Maisons de santé pluriprofessionnelles : fonctionnement et avantages

3 000 maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) opèrent aujourd’hui en France — contre à peine 200 en 2012. Ce bond spectaculaire n’est pas un hasard : face aux déserts médicaux qui s’étendent et à l’épuisement des médecins isolés, le regroupement de plusieurs professionnels de santé sous un même toit répond à une urgence réelle. Pas une mode, une nécessité.

Pourtant, beaucoup de patients ne savent toujours pas exactement ce que cache ce terme un peu technique. Est-ce juste un cabinet médical avec plusieurs médecins ? Peut-on s’y inscrire comme médecin traitant ? Comment ces structures se financent-elles ? Voici ce qu’il faut savoir pour s’y retrouver — que vous soyez patient, professionnel de santé ou élu local cherchant à revitaliser un territoire.

Qu’est-ce qu’une maison de santé pluriprofessionnelle ?

Une définition juridique précise

La loi HPST de 2009 a posé le cadre : une maison de santé pluriprofessionnelle est une structure regroupant au moins deux médecins généralistes et un autre professionnel de santé paramédical (infirmier, kinésithérapeute, sage-femme, orthophoniste…). Ces professionnels exercent ensemble un projet de santé commun formalisé par écrit. Ce n’est pas une simple colocation de cabinets : c’est un engagement collectif sur des objectifs de soins partagés.

La différence avec un simple cabinet de groupe ? Dans un cabinet de groupe classique, chaque médecin travaille en solo et partage juste les murs et les charges. Dans une MSP, les équipes coordonnent activement les parcours de soins, échangent sur les dossiers patients et organisent des consultations avancées pour des spécialistes qui viennent en déplacement.

✅ À retenir

Une MSP n’est pas un hôpital miniature. C’est une structure ambulatoire, ancrée dans la médecine de ville, dont la force repose sur la coordination entre professionnels de métiers différents — tous dans le même espace, mais chacun avec ses patients et son mode d’exercice.

Les professionnels que l’on y trouve

La composition varie selon les territoires et les besoins locaux, mais on retrouve généralement :

  • Médecins généralistes (le noyau obligatoire)
  • Infirmiers libéraux
  • Kinésithérapeutes
  • Sage-femmes
  • Orthophonistes ou psychomotriciens
  • Diététiciens, podologues, orthoptistes
  • Parfois des médecins spécialistes en consultation avancée (cardiologue, psychiatre, dermatologue)

Certaines MSP intègrent aussi des assistants médicaux — un métier récent, créé en 2019, qui décharge le médecin des tâches administratives et permet de voir davantage de patients dans la journée.

⚕️ Pourquoi ces structures changent vraiment l’accès aux soins

Une réponse concrète aux déserts médicaux

60 % du territoire français est considéré comme sous-doté en médecins généralistes selon la DREES (données 2023). Les MSP ne font pas apparaître des médecins là où il n’y en a pas — soyons honnêtes. Mais elles rendent l’exercice plus attractif pour les jeunes diplômés qui refusent massivement d’ouvrir un cabinet seul. Travailler en équipe, avoir des collègues, ne pas gérer la comptabilité en solo : c’est ce que veulent les nouvelles générations de soignants.

« 80 % des internes en médecine générale souhaitent exercer dans une structure collective plutôt qu’en cabinet isolé. »

— Enquête ISNAR-IMG, 2022

Résultat : des communes rurales qui n’auraient jamais attiré un médecin seul réussissent à recruter une équipe complète en proposant une MSP clé en main — locaux rénovés, matériel partagé, secrétariat mutualisé.

Les bénéfices directs pour les patients

Du point de vue du patient, la MSP offre plusieurs avantages concrets :

  • Amplitude horaire étendue : avec plusieurs médecins, les plages de consultation couvrent souvent 8h-19h, voire le samedi matin.
  • Continuité des soins assurée en cas d’absence d’un praticien — un collègue prend le relais.
  • Accès à plusieurs spécialités en un seul déplacement (consultation avancée).
  • Dossier patient partagé entre les professionnels de la structure, ce qui évite de répéter son histoire médicale à chaque visite.
  • Programmes d’éducation thérapeutique pour les maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, asthme…).

💡 Notre conseil

Si vous cherchez un médecin traitant, vérifiez si une MSP existe dans votre commune ou dans les 15 km alentour via l’annuaire Ameli ou la carte des MSP publiée par le Ministère de la Santé. Ces structures ont souvent plus de capacités d’accueil que les cabinets individuels saturés.

Financement et cadre réglementaire

Comment une MSP se finance-t-elle ?

Le modèle économique repose sur trois piliers. D’abord, les honoraires classiques à l’acte : chaque professionnel facture ses consultations à l’Assurance Maladie comme il le ferait en cabinet individuel. Ensuite, une rémunération spécifique d’équipe versée à la structure (et non à chaque praticien individuellement) : c’est la NMR (Nouvelle Rémunération), remplacée depuis 2023 par le financement d’équipes de soins primaires. Ce complément rémunère la coordination, les réunions d’équipe, les protocoles de soins partagés.

Troisième pilier : les aides à l’investissement. Les collectivités locales (communes, intercommunalités, régions) financent souvent la construction ou la rénovation des locaux. L’Agence Régionale de Santé (ARS) cofinance également via des fonds d’intervention régionaux. Certaines MSP bénéficient aussi de fonds européens FEDER dans les zones rurales prioritaires.

Le statut juridique des professionnels

Chaque praticien conserve son statut libéral et son numéro RPPS. La MSP elle-même fonctionne le plus souvent sous forme d’une Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA) — un statut créé en 2011 spécifiquement pour ces structures. La SISA permet de percevoir collectivement les rémunérations d’équipe et de les redistribuer selon des règles définies entre associés. Elle n’emploie pas les professionnels : ceux-ci restent indépendants.

🏥 Cabinet de groupe classique 🤝 Maison de santé pluriprofessionnelle
Partage des charges et des locaux uniquement Projet de santé commun formalisé et évalué
Un seul type de profession en général Au moins 3 professions différentes obligatoires
Pas de rémunération collective spécifique Financement d’équipe + aides ARS + collectivités
Aucune obligation de coordination des soins Dossier patient partagé, réunions de concertation

🏗️ Créer ou intégrer une MSP : les étapes clés

Pour les professionnels de santé porteurs de projet

Lancer une MSP ne s’improvise pas. Le processus prend en moyenne 2 à 4 ans entre l’idée et l’ouverture. Voici comment ça se passe en pratique :

1
Constituer l’équipe fondatrice
Identifier au minimum 2 médecins généralistes et 1 autre professionnel paramédical partageant une vision commune de la prise en charge des patients.
2
Rédiger le projet de santé
Ce document obligatoire décrit les objectifs de l’équipe, les protocoles de soins, les modalités de coordination et les indicateurs d’évaluation. L’ARS l’examine avant tout financement.
3
Trouver et aménager les locaux
Négocier avec la commune ou l’intercommunalité. La question de la performance énergétique du bâtiment devient centrale : les coûts de fonctionnement pèsent lourd sur le budget d’une structure qui accueille du public toute la journée. Un Combien coûte un bilan énergétique pour votre maison ? appliqué aux locaux professionnels permet d’anticiper les factures et d’orienter les choix de rénovation dès la conception. Les aspects liés à l’Énergie ne doivent pas être sous-estimés dans le budget prévisionnel.
4
Créer la SISA et contractualiser avec l’ARS
Signature de l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) avec l’Assurance Maladie, qui ouvre l’accès aux financements d’équipe.

Pour les communes qui veulent attirer une MSP

Les élus locaux ont un rôle déterminant. Une commune peut mettre à disposition des locaux à loyer modéré, financer l’aménagement via des emprunts ou des subventions régionales, et faciliter les démarches administratives. Plusieurs intercommunalités ont créé des postes de chefs de projet dédiés à l’émergence de MSP sur leur territoire. Sans portage politique fort, beaucoup de projets s’enlisent faute d’un interlocuteur capable de coordonner les acteurs.

⚠️ À garder en tête

Une MSP ne garantit pas la présence médicale ad vitam. Si les professionnels partent à la retraite sans successeurs, la structure se vide. L’enjeu est d’anticiper le renouvellement en intégrant des maîtres de stage universitaires pour accueillir des internes — c’est la meilleure garantie de fidéliser de futurs praticiens.

Questions fréquentes

Peut-on choisir un médecin d’une MSP comme médecin traitant ?

Oui, tout à fait. Les médecins généralistes qui exercent dans une maison de santé pluriprofessionnelle sont des libéraux comme les autres. Vous pouvez en désigner un comme médecin traitant via le formulaire Ameli classique. Le fait d’être en MSP ne change rien à ce droit pour le patient.

Combien coûte une consultation dans une maison de santé pluriprofessionnelle ?

Les tarifs sont identiques à ceux de n’importe quel cabinet libéral conventionné. Une consultation de médecine générale coûte 26,50 € (tarif secteur 1 en 2024), remboursée à 70 % par l’Assurance Maladie. Le reste à charge dépend de votre mutuelle. La MSP en elle-même ne génère pas de surcoût pour le patient.

Quelle est la différence entre une MSP et un centre de santé ?

Dans une maison de santé pluriprofessionnelle, les professionnels sont des libéraux indépendants regroupés en SISA. Dans un centre de santé, les praticiens sont salariés d’une structure (municipale, associative ou mutualiste). Le centre de santé pratique souvent le tiers payant intégral et interdit les dépassements d’honoraires, ce qui n’est pas obligatoire en MSP.

Combien de maisons de santé pluriprofessionnelles existe-t-il en France ?

Selon les données du Ministère de la Santé et de la DREES, la France comptait environ 3 000 maisons de santé pluriprofessionnelles actives fin 2023. Ce chiffre a été multiplié par 15 en dix ans. Les régions les plus rurales (Bourgogne-Franche-Comté, Normandie, Grand Est) concentrent une part importante de ces structures, précisément là où le besoin est le plus fort.

Un infirmier libéral peut-il rejoindre une MSP existante ?

Oui. L’intégration d’un nouveau professionnel dans une MSP se fait généralement par adhésion à la SISA existante, après accord des associés et révision du projet de santé si nécessaire. L’infirmier garde son statut libéral, sa patientèle propre et sa facturation individuelle à l’Assurance Maladie. Il bénéficie en échange des locaux partagés et participe aux rémunérations d’équipe.

Jérémie Rodrigues